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Un rendez-vous dans le désert avec Saint-Exupéry et Jung

Aquarelle de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince

J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours.
Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’Océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé.[…]

[…] Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe. Mais je me rappelai alors que j’avais surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit :
– Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton.
Saint-Exupéry – Le Petit Prince

Il est parfois des lectures que l’on commence enfant, un livre qui vous suit au fil du temps, qui marque parfois les étapes de la vie et surtout qui revient, après une longue absence sur une étagère, trôner au chevet de votre lit. On ne sait pourquoi, il est comme un petit Poucet qui pose un petit caillou après l’autre et vous indique le bon chemin. C’est ce que j’ai eu la chance de vivre avec cette œuvre incomparable de Saint-Exupéry, “Le petit Prince”. Bercée dans mon enfance par la voix de Gérard Philippe, je vivais au fil du temps les chapitres de ce conte enfantin qui se transforma en conte philosophique et initiatique.

Mais pourquoi Saint-Exupéry a-t-il, en 1943, écrit ce livre ? Lui seul connait la réponse, mais ce jour-là, à New York, alors que la 2e guerre mondiale ensanglantait le Monde, l’auteur de Terre des Hommes ou Pilote de guerre nous offre une source magique d’inspiration, un guide sur la découverte de soi.

Bien des années plus tard, je suis sortie d’une Librairie, avec le Livre Rouge de Carl Gustave Jung. Un gros livre (700 pages, mon dieu, c’est ambitieux) à la couverture rouge sous le bras, excitée de mettre mon nez dedans, car je savais que j’y trouverais une réponse, une confirmation, un message… Pourquoi ? Je ne sais jamais pourquoi je choisis un livre plutôt qu’un autre. Je rentre dans une Librairie, je parcours les étagères et je laisse ma main me guider. Le livre choisi à l’instinct se révèle être toujours pile-poil dans le thème de réflexion du moment. Comme un message envoyé des étoiles ou le petit caillou lancé sur la vitre pour qu’on lève le nez (Le Poucet est joueur) ? Essayez, c’est surprenant.

Je savais que je m’attaquais à un monument philosophique et psychologique (si on part de l’idée que ce n’est pas la même chose), gardé dans un coffre durant toute la vie de ce grand Psychiatre, mort en 1961 sans que personne n’ait pu lire ce journal intime qui ne sera offert au public que bien plus tard, en 2009.

J’ai démarré ma lecture, comme on démarre une nouvelle aventure, tranquille, avec le cœur. Je lis consciencieusement l’introduction qui fait, ouh la la, 132 pages ? Ah oui tout de même, ce livre semble avoir besoin d’explications… Enfin, j’arrive aux paroles de monsieur Jung, premier livre, le Liber Primus ! Il est à remettre dans son époque mouvementée, 1913, les prémisses de la Première Guerre mondiale, Monsieur Jung, jeune psychiatre, est en Suisse. C’est un voyage, un voyage au cœur de la Vie, de soi, des rêves, une introspection et une quête, une enquête même, si je puis me permettre.

Après des passages un peu sombres, je me retrouve au chapitre “Le Désert”. Chouette, un peu de soleil !! Je quitte un peu “l’esprit des profondeurs” et je parcours les premières lignes :

Sixième nuit. Mon âme me conduit dans le désert, dans le désert de mon propre Soi. Je ne pensais pas que mon Soi était en désert, un désert aride, brûlant, poussiéreux et sans boisson aucune. Le voyage me conduit à travers du sable brûlant, mes pieds s’enfoncent, j’avance lentement, sans but visible, l’espoir est mon seul compas. Comme cette contrée désertique est horrifiante. Il me semble que le chemin conduit si loin des hommes. Je suis mon chemin pas à pas et ne sait combien de temps mon voyage durera […]

[…] Pourquoi mon Soi est-il un désert ? Ai-je trop vécu en dehors de moi, dans les humains et les choses ? C’est vers ce but que mon voyage me mène et c’est pourquoi il me conduit dans la solitude, loin des hommes et des choses. La solitude est-ce être avec soi-même ? la solitude n’existe apparemment que lorsque le Soi est un désert. Faut-il que je transforme le désert en jardin ? […]
[…] “Mon Âme, que fais-je ici ?”. Mon âme me parla et dit : “Attends”…
Carl Gustav Jung – Le Livre Rouge

Une sensation étrange de “déjà vu” !!  La traversée du désert, la rencontre ?
Mais ouiiiiii… Le Petit Prince et Saint Exupéry !!! J’avais sous les yeux une autre version du Petit Prince, une autre vue !
Ces 2 hommes, un aviateur, écrivain aventurier et un Psychiatre icône de la psychologie analytique, qui ne se sont vraisemblablement jamais rencontrés, n’ont pas pu lire le livre de l’autre avant d’écrire le sien, ont décrit leur quête personnelle de la même manière !?! On passerait tous par ce chemin ? Est-ce la découverte d’un monde commun ?

La recherche de ce que l’on est vraiment, cette rencontre avec notre âme à laquelle la traversée du désert nous mène. Tous les 2 écrivent leur “journal” pour transmettre et éclairer chacun de nous qui sentons l’existence de cette âme, notre Soi, notre guide. Passer par une étape de solitude émotionnelle, une sensation de connexion universelle, un chemin parsemé de messages que l’on pourrait, selon notre croyance, sentir comme envoyé par nos guides, l’étoile qui nous protège… Tout cela semble être tout à fait normal. Non, vous n’êtes pas devenu fou !

Je ne ferais aucune analyse de leurs œuvres, car il appartient à chacun d’y lire ce qui lui parle, résonne ou ne résonne pas. Comme pour un tableau, un poème, une chanson, il est bien plus magique de ressentir avant d’essayer d’analyser et surtout de faire analyser par quelqu’un d’autre. C’est aussi une question de respect de “l’artiste”. Et il faut dire aussi que ceux qui analysent à tout bout de champ sont souvent très chiants. Rien de mieux que les émotions et l’intuition pour guides !

Mais, ce qui est très intéressant dans cette histoire de désert, de quête personnelle, d’âme, c’est qu’il semblerait qu’il y ait un chemin identifié, comme un indice sur le parcours qui serait vécu par chacun qui voudra partir dans cette voie. L’un y verra un Petit Prince, l’autre parlera à son âme comme à une compagne, l’une y sentira des guides spirituels, l’autre percevra des synchronicités… Tout est histoire d’intuition, d’écoute de soi et j’aime penser à bien plus encore… une histoire de “signes” ?

On pourrait parler d’un petit Jiminy Cricket qui existe en chacun de nous et que notre éducation, nos croyances, notre société occidentale ont depuis des siècles muselé (pour une histoire de pouvoir ? C’est mon idée, oui.). Ce petit Jiminy attend juste le bon moment pour se faire entendre et comme nous sommes souvent plus à l’écoute lorsque nous traversons une période de “crise personnelle”, c’est dans ce qui semble être “Le Désert” que nous sommes capables enfin d’entendre notre voix intérieure, notre connexion à notre Soi, notre âme et peut être les signes que l’Univers et les guides de notre Âme nous envoient pour nous dire : “Écoute, entends, ne t’inquiète pas, tu es sur le bon chemin, le chemin de l’éveil personnel et tu n’es pas seul !”

À suivre…

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